samedi 11 avril 2015

Libres Penseurs et Chrétiens ?



Lorsqu'on me demande à quelle religion j'adhère, je réponds que je suis une libre penseuse chrétienne. Certains s'étonnent de cette appellation ou affirment même que ce n'est pas compatible avec une religion. C'est pourquoi, je voudrais dire ici combien cette formulation de ma démarche a, pour moi, toute son importance.
Tout d'abord, elle m'évoque un chemin parallèle à celui de Jésus qui était lui-même un libre penseur juif. Jésus était-il fidèle à Dieu ou au Temple ? Jésus ne s'est jamais laissé embrigader par aucune des tendances existantes de son époque. Il a toujours gardé sa liberté. Son seul engagement était de partager l'amour de son Dieu en se mettant au service des "plus démunis de la vie" qui vivaient au sein de toutes les composantes de la société ; samaritains, romains, cananéens… Il ne faisait même pas de prosélytisme : "Lève-toi et retourne chez toi". Mc 2,10-12 dit-il. Il n'a créé aucune religion, aucune Eglise, il n'a prôné aucune hiérarchie.

Pour celui qui se dit chrétien, le plus important est-il de se référer à une Eglise, ou de se référer au message de Jésus ?

Une Eglise, laquelle ? Catholique, orthodoxe, anglicane, luthérienne, pentecôtiste… ? Il y en a tellement qu'elles sont signes de division du message évangélique, puisque chacune prétend être la seule à détenir La Vérité !
Si l'option de se référer au message de Jésus est choisie, les clivages ne sont plus importants. On est chrétien avant tout et l'on se sent libre par rapport aux tendances séparatistes et dogmatiques. Finies dès lors, les guerres de religion chrétiennes entre détenteurs de La Vérité, à propos de rites et de traditions, engendrant intolérance, racisme, souffrance et morts.
Tout le parcours de Jésus nous montre un homme qui se réalise dans un chemin de liberté !
C'est un homme d'une incroyable témérité qui ose prendre d'énormes distances pour son époque et sa culture avec le Temple et les Docteurs de la Loi "Vous avez entendu qu'il a été dit… eh bien, moi je vous dis que…" Mt.5,21… et aussi avec sa famille "Qui est ma mère ? et mes frères ?" Mc 3.,20-21 ;31-35 , nous montrant ainsi un chemin de liberté qui permet à l'homme de se lever et vivre debout. Se faire sa propre opinion et être libre de vivre sa vie, sans oublier de voir, d'entendre et de répondre aux appels des malmenés qui l'entourent.
La relecture des Ecritures avec l'aide des exégètes, théologiens, philosophes, penseurs contemporains de tradition juive comme par exemple H-S Kushner…, de tradition catholique comme G.Bessière, J-P Charlier, B.Feillet, O.Mainville, J. Meier, J. Musset, A. Wenin…, de tradition protestante comme D. Marguerat, R. Parmentier, H. Persoz, J-S Spong… nous fait découvrir ce chemin de liberté.
Il nous faut être nomade et quitter les certitudes enseignées. Renaître et tracer son propre chemin avec le terreau de notre enseignement revisité par notre propre jugement. Il est indispensable de couper le cordon ombilical avec ses géniteurs et ses maîtres, pour devenir soi-même. Pour cela, les textes bibliques nous indiquent des chemins possibles. Ce n'est qu'après avoir mangé ces textes, nous en être nourris, les avoir digérés à travers nos expériences de vie personnelle, que nous pourrons les faire nôtres, de notre propre autorité et en vivre. Ces relectures donnent un autre sens à notre vie.

dimanche 8 février 2015

Quelle était la question ?



Le religieux peut être malade. Le dogmatisme (je ne dis pas toute réflexion dogmatique) est une maladie du religieux dans laquelle les réponses ont pris la place des questions. On fabrique alors des questions taillées à la mesure des réponses que l'on possède. Ce sont peut-être des questions que personne ne pose plus, mais que devraient (dit-on) se poser les croyants. Dans un cadre de dogmatisme triomphant, le propre du croyant est de poser les bonnes questions, c'est à dire celles pour lesquelles les théologiens ont une réponse. Les anciennes réponses ont jadis fait leurs preuves, c'est pourquoi elles peuvent paraître assurées. C'est oublier qu'une nourriture qui a déjà servi ne peut justement plus être assimilée.

Je me souviens que dans un bureau du service de radio-télévision protestante à Paris, a figuré longtemps un dessin humoristique où l'on voyait un défilé derrière une pancarte qui proclamait: "Christ est la réponse" ! Cependant qu'un passant -sans doute un peu distrait- demandait : "Quelle était la question ?".

En faisant de Jésus la réponse à une question qui n'est pas posée, on fait du Maître un objet inutile. A placer au grenier, comme une valeur de brocante. Nos caves et nos greniers sont pleins, mais la maison est-elle habitable? Les bibliothèques sont riches, mais le puits est sec et le four à pain ne fonctionne plus guère. On pense honorer la vrait en vénérant les objets qui autrefois la signifiaient. Mais alors nous risquons d'être comme ces médecins de Molière qui savaient bien parler des maladies, mais non les guérir. Ou bien comme ces savants dont parle Montaigne, qui optent volontiers pour un langage inaccessible au vulgaire "pour ne découvrir la vanité de leur art".

L'homme ordinaire qui s'adresse à d'autres hommes ordinaires est aujourd'hui prié de faire la preuve qu'il sait de quoi il parle. C'est ce qu'on exige de tous les vendeurs, quelque soit leur marchandise. Dis-moi qui tu es et je suis prêt à croire ce que tu dis. Non le contraire.

Nous n'avons que faire d'une religion qui nous propose des réponses sans entendre nos questions. Les vieux habits doivent être changés à mesure que le corps prend forme. Et voici qu'on voudrait revêtir un corps nouveau d'un vieil habit taillé autrefois. Un habit bariolé dont tous les siècles ont fourni une pièce de couleur et de texture différentes. Un habit par endroits usé jusqu'à la corde, mais surtout trop étroit pour le corps qu'il prétend vêtir. De fait, l'habit chrétien comporte quelques pièces étranges, ‑ souvenir d'un temps où la mode avait d'autres exigences. Mais un corps en mutation -dont la forme n'est pas entièrement connue- ne peut être revêtu d'un habit taillé aux époques anciennes. Et comment reconnaît-on la forme que prend ce corps-là ? C'est aux questions qu'il pose. Il les pose parce qu'elles se posent  lui; non parce qu'il a appris qu'elles devaient être posées.

Jacques Chopineau

Ex site prolib.net

vendredi 23 janvier 2015

Pouvoir et miséricorde

Il a voulu s'appeler François, comme le Poverello d'Assise, le « frère mineur » de tous, et à chaque mois qui passe il devient de plus en plus clair que la miséricorde est son critère et son programme d'action. Ceci est l'essentiel. C'est encourageant de savoir qu'il a tout pouvoir pour reformer l'Église, et faire d'elle seulement le témoin de la miséricorde. Oui, le pouvoir du pape est aujourd'hui un motif d'espérance, mais le pouvoir de la papauté est, pour demain, justement le problème : le prochain pape, dans dix ans, pourra exercer le pouvoir absolu pour éteindre l'espoir ecclésial que François nous a rendu. Que le pouvoir absolu disparaisse dans l'Église, pour que perdure le primat de la miséricorde !
Joxe Arregi

mardi 6 janvier 2015

Hommage au pasteur Jacques Fischer



Le pasteur J. Fischer nous a quittés subitement la semaine de Noël.
Jacques Fischer est le fondateur et animateur  du groupe Gospel "les Compagnons de l'Arche" qui se produisit à Blois à l'invitation du père Viot (qui fut son collègue dans l'Eglise Réformée) - qui aussi a permis à nos petites paroisses de Sologne de profiter d'excellents concerts qui étaient aussi des veillées de prière. On put ainsi applaudir ces Compagnons qui se situaient dans la lignée du "Golden Gate Quartet" lors de mémorables concerts à Neung sur Beuvron, Salbris, Yvoy-le-marron, Dhuizon, Montrieux en Sologne.

Après sa magnifique et chaleureuse prestation  de mai dernier à Neung sur Beuvron,
nous l'avions sollicité ( nous les frondeurs de CER 41) pour envisager une nouvelle prestation  dans le Blaisois dans le courant de cette nouvelle année.
Il nous avait prestement répondu :

" Cher Pierre
Prêts à venir quand vous voulez et où vous voulez!
t'ai -je répondu au sujet d'un concert éventuel début 2015 près de Blois?
Bien sûr on dira oui: il faut articuler une date et conjuguer cela avec un autre concert
dont tu m'as déjà parlé.Bon été..."

Hélas, il n'y aura pas de concert début 2015: nous n'avons pas su convaincre nos amis de CER41 et...il aurait fallu annuler
  
 Merci Jacques,
 Nos portons ta chère épouse dans nos prières .
Bernard M. et Pierre vW.

    Bernard et Pierre


dimanche 14 décembre 2014

Assemblée générale de Parvis


L'Assemblée Générale de Parvis s’est tenue à Rezé, près de Nantes, les 28-29-30 novembre 2014. 
CER 41  y était représenté par Gilles Lacroix (avec pouvoirs) et Guy de Longeaux (observateur)
 123 participants y représentaient 28 associations (sur 41 adhérentes à Parvis). Le thème général était : « Qui est mon prochain dans une société multiculturelle ? »
L’évêque de Nantes avait envoyé un message à l’AG lui souhaitant « une réflexion fructueuse ».

Évènements soulignés :
  • Parvis a adhéré à l’IMWAC (International Movement We Are Church)
  • l’excommunication de Martha Heizer, présidente de l’IMWAC et de son mari Gert , Autrichiens, accusés d’avoir fait (d’ailleurs depuis longtemps) des eucharisties sans prêtres.
  • initiatives pour une paix juste en Palestine (Parvis a proposé un groupe de travail au Conseil de l’Europe : co-développement, droit de l’homme, immigration…)
  • synode sur la famille : document de synthèse envoyé
  • voyage récent en Algérie d’une trentaine de personnes de Parvis qui ont rencontré des communautés chrétiennes et musulmanes, ainsi que des universités (où les femmes sont majoritaires)
Orientations pour 2015 :
  • l’international : atelier Afrique avec Hugo Castelli, participation à « Concile 50 », réunion à Rome en novembre 2015 d’environ 200 représentants d’associations telles que Parvis pour le 50ème anniversaire du Concile
  • les jeunes : accompagnement de l’équipe dirigeante de la JEC voulant relancer ce mouvement et adhérer à Parvis. Marie Damiens, de l’équipe dirigeante de la JEC, était présente. Elle est du Loir-et-Cher.
  • la revue Parvis recherche des abonnés et pourrait reprendre 2 revues qui disparaissent : Jonas et Jésus, cahiers de libre avenir. Envoyer à la revue des compte-rendu d’activité des associations ; envoyer des contributions (une « relecture théologique des actions que l’on fait localement »)
  • La cotisation est fixée pour 2015 à 2,50 € x nombre d’adhérents de chaque association

mercredi 10 décembre 2014

La Cène : ni trop, ni trop peu.


D'après un texte de André Gounelle  ainsi intitulé
présenté et commenté par Alain Dupuis.


Au moment du Concile Vatican II, Karl Barth  écrivait au Père Yves Congar : "Comment pouvez-vous accorder une telle importance à l'eucharistie, alors que dans le Nouveau Testament elle occupe si peu de place ?" Deux remarques montrent la pertinence de cette question de Barth, qui, au premier abord, peut étonner.
  1. Si on compare les divers récits du jeudi saint que l'on trouve dans le Nouveau Testament (il y en a quatre), l'ordre de répétition "faites ceci en mémoire de moi" qui institue le rite, n'est rapporté ou raconté ni par Matthieu, ni par Marc, ni par les manuscrits les plus anciens de Luc, et encore moins par Jean qui ne dit pas un mot d'un partage et d'une distribution de pain et de vin au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples avant la crucifixion (à la place, il relate le lavement des pieds). Seul Paul, dans la première épître aux Corinthiens, insiste sur cet ordre. Ce constat amène à douter de l'historicité de cet ordre de répétition attribué à Jésus. En tout cas, il indique qu'une partie des écrivains canoniques et de l'Église primitive n'a pas considéré comme très importante la célébration de la Cène. Ils n'ont pas jugé qu'elle faisait nécessairement partie du message qu'ils avaient à transmettre. Ce silence ne doit pas nous détourner de partager le pain et le vin ; il ne disqualifie pas ni n'autorise à écarter le récit de Paul. Par contre, il devrait nous empêcher d'accorder une valeur excessive à la Cène ; il fonctionne un peu comme un garde-fou contre une hypertrophie sacramentelle.
  2. L'un des problèmes que rencontre l'interprétation du Nouveau Testament dans ce domaine tient à la difficulté de distinguer la Cène des repas communautaires, d'abord du groupe des disciples, ensuite de l'Église primitive. Peut-être d'ailleurs, à l'origine se confondaient-ils… ; ce qu'écrit Paul aux Corinthiens le suggère. Quoi qu'il en soit, ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui. Nos Cènes et nos eucharisties sont des rites, des liturgies, qui n'évoquent que de manière fugitive et lointaine tout ce qui se passe et s'échange autour d'une table amicale ou familiale. Certainement nos Églises seraient plus proches des pratiques des premiers chrétiens en organisant un repas paroissial après chaque culte plutôt qu'une Cène dominicale. Chaque fois qu'on mentionne dans le Nouveau Testament un repas avec bénédiction et fraction de pain, ce qui correspond d'ailleurs aux coutumes de la piété juive, il ne s'agit pas forcément d'une Cène telle que nous l'entendons, d'un moment cultuel spécial, d'un sacrement.
    Il me semble donc que le Nouveau Testament conforte cette volonté de n'en faire ni trop, ni trop peu. L'être humain a besoin de rites, de cérémonies. On ne doit pas l'en priver, mais toujours lui rappeler leur caractère secondaire, accessoire, et ne pas faire d'un moyen pédagogique un acte magique. Je ne cache pas combien me mettent mal à l'aise certains propos que j'entends parfois dans les textes introductifs à la Cène. Quand on me dit que le pain et le vin deviennent ou portent le corps du Christ, quand on m'affirme qu'ils répètent le sacrifice du Christ, il m'arrive de m'en abstenir, par protestation, et je ne suis pas le seul. Par contre, quand on en parle comme d'un signe qui me rappelle la présence et l'action du Christ dans ma vie, qui évoque ce qu'il a fait autrefois, ce qu'il continue de faire aujourd'hui et ce qu'il fera demain, alors je la prends avec joie et avec profit, car elle prend alors son juste sens, et qu'on a su n'en faire ni trop ni trop peu.

André Gounelle

(Tous les propos qui sont de la plume même de l'auteur sont en italique).
      André Gounelle, protestant d'origine cévenole, occupa divers postes d'aumônerie et pastoraux, avant d'être nommé professeur à la Faculté de Théologie Protestante de Montpellier, jusqu'à sa retraite. Parmi ses nombreux ouvrages, on recommande la lecture de son " Parler du Christ", paru chez Van Dieren (Paris) en 2003.
      Karl Barth : théologien protestant (1886 – 1968), incontournable dans l'histoire de la théologie chrétienne du 20ème siècle. Il fut observateur au Concile Vatican II.
     Yves Congar : théologien catholique français, dominicain, dont l'œuvre courageuse, rigoureuse et novatrice, touchant en particulier l'Ecclésiologie, marqua profondément l'avant-concile et le concile Vatican II où il fut expert. Très malade et très éprouvé par des persécutions vaticanes, il fut finalement réhabilité et fait cardinal peu avant sa mort.

mercredi 26 novembre 2014

Hors des sentiers battus...



Les éditions Temps Présent *viennent de publier un nouveau livre « JESUS UNE VIE HORS DES SENTIERS BATTUS » de notre ami Guy de Longeaux. Une passionnante enquête qui atténue l’image du magicien  faiseur de miracles et le resitue dans son époque, en s’appuyant sur les travaux de théologiens et d’historiens. Dans la lignée de Jacques Duquesne  qui a écrit la préface  il nous raconte le destin extraordinaire de cet homme ordinaire. Il se livre aussi à une analyse des forces et des faiblesses de l’Eglise d’aujourd’hui  et appelle à retrouver les forces de l’ESPRIT .

*Temps Présent est par ailleurs co-éditeur de la revue du « Réseau du Parvis », fédération qui regroupe une cinquantaine d’associations ( dont "Chrétiens  en Recherche 41" ) de catholiques  réformateurs et de protestants libéraux,