lundi 6 février 2012

La Pentecôte revisitée


Les peintres ont toujours représenté la Pentecôte de façon convenue, en ne mettant en scène que les 12 apôtres et la Vierge Marie, avec chacun sa petite flamme sur la tête, le tout surmonté d’une colombe représentant le Saint-Esprit dans sa descente en vol depuis le ciel. Mais si on gratte un peu, la réalité se dévoile différente sous cette première couche de peinture.
Dans la réalité, telle que je la lis dans les Actes des Apôtres, ils ne sont pas seulement 12 à se trouver enflammés par l’esprit retrouvé de Jésus, mais symboliquement 120, c’est-à-dire tout un petit peuple de disciples, hommes et femmes, autour des 12 apôtres.
Dans la réalité, il n’y avait pas de langues de feu, mais des langues bien pendues et qui se déliaient dans des paroles de feu dont le brouhaha, s’amplifiant soudain, faisait penser à un violent coup de vent.
Rien n’est à prendre au pied de la lettre, tout est dit par Luc sous le mode d’une fable dont il y a une morale à tirer. 
Dans la foule attirée par le bruit de ces échanges verbaux entre les disciples, les gens ne comprennent pas,  ils « se demandent ce que cela voulait dire », alors même qu’ils avaient l’impression de le saisir tout en ne parlant pas la même langue que ceux qui palabrent. Mais ce ne sont pas des paroles que captent ces gens, c’est un élan, de l’allant, de l’enthousiasme. Et finalement Pierre, prenant la parole « d’une voix forte », leur en donne l’explication : il s’agit de Jésus — sans doute suffisamment connu pour qu’il retienne leur attention. Il est mort, certes, on ne le reverra plus. Pourtant, la vie avec lui se retrouve comme avant. Son esprit reste bien vivant et tout se passe comme si lui-même était là à nouveau parmi nous.
Premier résultat de ce nouvel élan qui anime les disciples : les gens se convertissent en foule à la foi en Jésus retrouvé. Puis cela fera boule de neige. Le christianisme est né et ne cessera — jusqu’au XX° siècle — de croître et se multiplier.
« C’est l’Esprit-Saint qui est à l’œuvre », disent les bonnes âmes, et l’on en fait les gorges chaudes : « Confiance, il est là, il s’occupe de nos affaires de religion ». Or ce n’est justement pas le Deus ex machina nous dispensant d’inventer ce qu’il y a à faire et à dire aujourd’hui. Il y a des initiatives tout à fait nouvelles à prendre aujourd’hui dans l’esprit de l’Évangile. Il n’y a pas de nouvelles instructions à attendre, mais d’agir de nous-mêmes dans un certain esprit.
En lisant les Actes, on voit que la Pentecôte est la prolongation de la résurrection, une fois la conscience acquise à l’Ascension que la nouvelle vie de Jésus se traduit par sa disparition définitive à nos yeux. S’il revit, c’est en esprit et lorsque son esprit nous habite dans nos choix de vie. Ce sont ses disciples, en inventant leur propre vie, qui mettent en œuvre son esprit dont ils s’inspirent.
Guy de Longeaux

lundi 30 janvier 2012

RESTEZ, mais INDIGNEZ-VOUS !


Oui, l’écho considérable suscité par le dernier livre de  J. Moingt, peut être assimilé au fameux indignez-vous de Stéphane Hessel ; son succès en libraire l’atteste, comme la formation de nombreux groupes de lecture sur cet ouvrage (« Croire quand même »), tel celui d’Avignon auquel je participe. Ce phénomène paraît justifié à l’Auteur, car il répond à une prise de conscience lucide, face à une crise, « la plus grave que le christianisme ait connue depuis deux millénaires, parce qu’il s’agit d’une crise de civilisation ».
Cependant, en même temps, je constate que se renforce un processus d’enfermement de l’Institution ecclésiale qui se replie sur elle-même. La Croix (9-01-2012) souligne que Benoit XVI a donné « la priorité aux responsables de la Curie, promus quasi automatiquement au cardinalat. Ce qui explique la vague italienne de ce dernier consistoire ». Et son commentaire ajoute : « ce geste confirme que la tendance à l’internationalisation, mise en place par Paul VI, est pour la première fois inversée. »
Mais, outre le fossé qui sépare l’Église du monde actuel très évolutif, il se creuse aussi un écart grandissant entre les chrétiens laïcs et l’Institution. La désertion de nos Églises, l’atteste, fréquentées essentiellement par des personnes âgées, sauf une petite minorité de jeunes, dont la tendance souvent intégriste renforce encore davantage l’image repoussoir d’une Institution figée. Dans le diocèse d’Avignon, cette coupure générale est encore plus accusée, en raison de l’attitude de son évêque, lequel, loin d’être signe d’unité, exerce une autorité devenue source de souffrance et de division, au sein de son clergé comme des laïcs. Je connais certains qui partent discrètement pour aller vivre ailleurs, dans la société, un engagement d’inspiration chrétienne, d’autres qui s’interrogent avant de se diriger vers des groupes protestants…

vendredi 13 janvier 2012

Pourquoi l'Église ne veut ni ne peut abolir la loi du célibat

Leonardo Boff

"L'homme ne mûrit que sous le regard de la femme et la femme sous le regard de l'homme. L'homme et la femme sont réciproques et complémentaires".

/…Seul un projet de vie éthique et humaniste (ce que nous voulons être) peut donner une direction à la sexualité et la transformer en une force d'humanisation et de relations fécondes.
Dans ce processus, le célibat n'est pas exclu. Il est l'une des options que je préconise. Mais le célibat ne peut pas naître d'une carence d'amour, au contraire, il doit résulter d'une surabondance d'amour envers Dieu qui déborde sur ceux qu'il entoure.
Pourquoi l'Église catholique romaine ne fait-elle un pas de côté et n'abolit-elle pas la loi du célibat ? Parce c'est contradictoire avec sa structure. Elle est une institution totale, autoritaire, patriarcale, hautement hiérarchisée et un des derniers bastions du conservatisme dans le monde. Elle englobe la personne de la naissance à la mort. Le pouvoir conféré au pape, par une conscience citoyenne minimale, est tout simplement tyrannique. Le canon 331 est clair. C'est un pouvoir "ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel". Si nous effaçons le mot Papa et mettons le mot Dieu, cela fonctionne parfaitement. C'est pourquoi on disait : "Le Pape est un petit dieu sur la terre", comme l'affirmèrent de nombreux canonistes. Une église qui place le pouvoir en son centre, ferme les portes et fenêtres à l'amour, à la tendresse et au sentiment de compassion.
Le célibataire est en phase avec ce type d'église, parce qu'elle nie au célibataire ce qui le rend le plus profondément humain, l'amour, la tendresse, la rencontre affective avec les gens , ce qui serait plus facilement rencontré si les prêtres étaient mariés. Ils deviennent totalement disponibles à l'institution qui désormais peut les envoyer à Paris ou en Corée du Sud. Le célibat implique d'ordonner le prêtre totalement au service, non pas de l'humanité, mais de ce type d'église. Il devrait seulement aimer l'Église.
Quand il découvre qu'elle n'est pas seulement "la Sainte Mère Église", mais qu'elle peut être une belle-mère qui utilise ses ministres dans une logique du pouvoir, il est déçu, abandonne le ministère avec le célibat obligatoire et se marie. Tant que cette logique de pouvoir absolu et de centralisation demeure, nous ne devons pas nous attendre à ce que la loi du célibat soit abolie malgré les scandales qui arriveront.ne célibat est très pratique et utile pour elle.
Mais où en est le rêve de Jésus d'une communauté fraternelle et égalitaire ? Eh bien, c'est un autre problème, peut-être le principal. A partir de lui, on situerait différemment la question du célibat et d'un style d'église qui serait plus adéquat avec le rêve du Nazaréen.

Leonardo Boff - Brésil

mercredi 11 janvier 2012

NI CLERC, NI LAIC


Joxe Arregi
Publié dans HLM n°122 (12/2010)
Joxe Arregi est un théologien basque de l’université de Deusto et un religieux franciscain de 58 ans du monastère de Arantzazu. Très critiqué par la Conférence épiscopale espagnole et en particulier par le nouvel évêque ultraconservateur de San Sebastian qui lui a imposé le silence depuis quelques mois, Joxe Arregi vient de décider de quitter son ordre et son ministère « pour permettre aux franciscains et à moi-même de vivre enfin en paix ». Comme à beaucoup d’autres théologiens dans le monde hispanique, ce qu’on lui reproche est de contester l’univocité de l’expression de la foi chrétienne, autrement dit son appel au pluralisme des expressions. Même sa modestie et sa discrétion habituelles ne suffisaient plus à ses supérieurs…Voici sa dernière prise de position bien en phase avec ce qui lui arrive ! (P.C.)
« En cette fête de saint François, notre ami José Arregi nous offre cette réflexion savoureuse qui rappelle en finale l’exemple du “poverello” d’Assise : il ne voulait entre ses frères aucune division basée sur les vœux ou sur l’ordination. 4 octobre 2010. »


J’allais intituler cet article : “Je suis un laïc”. Maintenant que, pour des raisons d’interprétations doctrinales qui n’auraient jamais dû nous mener jusqu’ici, j’ai entamé le double processus d’exclaustration (abandon de la “vie religieuse”) et de sécularisation (abandon du sacerdoce), je voulais commencer mon nouvel état de vie en disant : “Je suis honoré d'être un laïc par la grâce de Dieu. Je me réjouis d’être l’un d’entre vous, l’immense majorité de l’Église”.
Mais je dois immédiatement me corriger. Laïc ? Non, je ne suis pas réellement un laïc ni ne veux l’être, parce que ce terme n’a de sens que par opposition au clergé et signifie toujours qu’on est en situation de perdant. Je ne suis pas laïc ni ne veux l’être, parce que ce nom a été inventé par les clercs – personne ne s’en étonnera : les puissants ont toujours imposé leur langage. Je ne veux pas être laïc, comme si on disait “chrétien inférieur et de deuxième classe, chrétien subalterne”.

samedi 17 décembre 2011

Profanations d’hosties: Ne plus tenter le diable.


L’hebdomadaire La Renaissance du 9 décembre 2011 rapporte l’émotion créée à Montrichard par la profanation d’un tabernacle et la disparition des vases et des hosties « consacrées ».
Mais quel mal y a-t-il à cela ?
C’est un vol avec effraction. Voilà qui est condamnable.
C’est un geste de mépris ou d’injure à l’égard de ceux qui attachent de l’importance à ces choses « consacrées ». C’est également condamnable.
Mais en quoi Dieu serait-il atteint par une telle « profanation » ? Comment peut-on penser que Dieu s’identifie à ces choses, à des morceaux de pain ?
En réfléchissant en chrétien, je pense que Dieu ne peut en être atteint que pour autant qu’il est atteint par le mal que se font les êtres humains entre eux si l’on en croit la parabole qui lui fait dire : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ».
Comment réparer ?
En poursuivant les délinquants en justice.
Et en évitant à l’avenir de tenter le diable, c’est-à-dire en remettant en question la pratique traditionnelle de la conservation d’hosties « consacrées » dans nos églises.
Les restes du repas de la Cène, les évangiles n’en parlent pas, Saint Paul non plus. Pourtant les restes de pain, la moindre miette, étaient sur la table au moment où Jésus avait dit : « Prenez et mangez. Ceci est mon corps livré pour vous ». C’est que, par ces paroles, il demandait à ses disciples de « faire corps » avec lui dans ce moment où il se préparait à « livrer sa vie ». Il ne leur demandait pas de manger sa propre chair.
Il avait « désiré d’un grand désir de prendre ce repas » avec ses amis avant de mourir et il leur recommandait, après sa mort, de reproduire entre eux ce repas convivial « en mémoire de lui ». Ainsi ils pourraient à nouveau faire corps avec lui en se réunissant en son nom dans un partage fraternel du pain. Ils retrouveraient ainsi sa présence parmi eux, une présence en esprit, non matérialisée dans une chose.
Guy de Longeaux

Radioscopie de notre société moderne

                                
                                    (réflexions )

Rien n’a échappé au père Jean-Louis Soulétie* dans son analyse d’un monde en mutation.
Tout craque dans nos sociétés sous une poussée mondiale, universelle, dont les fissures étaient bien repérables à travers le rejet des structures qui servaient d’autant de centres d’appui pour les précédentes générations.

Mais était-il si évident, pour nous d’en extraire une analyse positive, alors que nous nous appuyons sur nos certitudes ? Y. Burdelot, Chr. Théobald avaient déjà ouvert notre horizon en  nous invitant à déceler là, une volonté de l’individu à  se réaliser, et pour ce faire, se désentraver !

En même temps, mais avec une puissante amplification aujourd’hui, se manifeste l’aspiration à une Communication inhérente à la capacité de créer et qui se révèle bien d’ordre planétaire. Irrésistible, mue par la Force créatrice.
Echanges, mutations, cahots  se succèdent alors, nécessitant la recherche constante d’équilibres nouveaux pour que l’Homme puisse  survivre, mais en gardant  la maîtrise de son Devenir…c’est-à-dire, la voie ouverte vers son  Espérance  intérieure.
L’Homme est bien appelé à marcher ainsi, marcher….et le chrétien à être, dans ce courant, ce fameux« veilleur » !

Ne soyons donc pas étonnés face à ces explosions de Vie qui nous interpellent… nous obligent à penser,  faire des choix, prendre des options et les assumer !
Ne rejoignons-nous pas ici, les paroles du Christ : « le fils de l’Homme n’a pas une pierre pour reposer sa tête » ?
                                                                                                                                                                       Bernard Moreau

*Conférence : Les Défis de la Nouvelle Evangélisation  Novembre 2011, BLOIS
  avec le père Jean-Louis SOULETIE  professeur à l’Institut Catholique de Paris,

samedi 26 novembre 2011

Un christianisme autre...

·          « Marie, dans la pensée moderne, aurait dû, en restant vierge, avoir une fille, car c’est le père qui apporte le chromosome Y indispensable aux garçons ». Cette remarque se trouve dans le livre « Un autre christianisme est possible », éd. Golias, par Rogers Lenaers, jésuite belge de 87 ans.
·         Ceci nous conforte dans l’idée qu’il faut comprendre la « virginité » de Marie autrement et que Jésus, pour être un vrai homme, au nom de l’incarnation, a eu un père humain.
          Trouvé sur  le site de la CCBF et transmis par Guy de Longeaux