vendredi 23 octobre 2015

L'Évangile se joue à hauteur d'homme


Point de vue de l'écrivain Jean Lavoué paru dans Ouest-France, à propos du documentaire du réalisateur québécois Guillaume Tremblay « L’heureux naufrage » : une réflexion sur l'effondrement brutal du système religieux catholique qui avait façonné son pays au fil des siècles.(Extraits)
"C'est avec ce vide laissé par le reflux des croyances que doit aujourd'hui composer la population des pays de tradition catholique. Selon Guillaume Tremblay, ce vide, beaucoup l'apprivoisent :
"Ils en font du neuf ! Souvent, ils se réapproprient même des valeurs qui avaient été brouillées du fait de leur annexion par un système institutionnel et dogmatique dont ils ne veulent plus.
"Il semble qu'en portant à sa tête le pape François, l'Église catholique ait pris la mesure de ce rejet farouche dont elle était l'objet. Après l'élan donné par Vatican II, une longue période de fermeture à la modernité a entraîné un exode sans précédent de fidèles.
"Ceux-ci n'ont plus reconnu dans les options de l'Église le souffle d'ouverture au monde qu'avait été pour eux le Concile. Dès lors, ils ne se sont plus guère intéressés à elle. Ils ont, avant tout, cherché à mettre leur énergie et leurs convictions personnelles au service d'une humanité en chemin.
"En se portant aux périphéries, en invitant les chrétiens à ouvrir les églises dans lesquelles Jésus lui-même, affirme-t-il, se trouve enfermé, frappant de l'intérieur pour qu'on lui ouvre la porte, François ne fait rien d'autre que rejoindre l'intuition de beaucoup : l'Évangile se joue et se jouera désormais à hauteur d'homme, sans le recours aux murs et aux rigidités qui ont figé le souffle de son message.
"Beaucoup de ceux qui, en la quittant, ont assumé ce naufrage se reconnaissent dans la liberté de ton et l'audace de ce pape. Cependant, même s'ils se sentent réconfortés d'être ainsi accompagnés par cette parole prophétique et courageuse, ce n'est pas pour autant qu'ils ont le désir de revenir vers l'Église.
« L'Évangile libéré des dogmes »
"Le message énoncé par François résonne trop avec leur propre itinéraire d'exode. Aux périphéries du monde, solidaires d'une humanité en marche, ils veulent être porteurs des valeurs de liberté et d'Évangile que l'heureux naufrage de l'institution leur a permis de retrouver comme un trésor caché.
"Au lendemain de la Révolution française, un prêtre breton, Félicité de Lamennais, avait déjà assumé seul un tel itinéraire qui le conduisit des convictions les plus romaines jusqu'à cet humanisme évangélique libéré des dogmes. Abandonné par ses anciens coreligionnaires, il devint l'ami des pauvres, des exclus, des abandonnés, des sans-voix...

"Apprivoiser son vide, n'est-ce pas ainsi aujourd'hui, pour beaucoup, non pas d'abord rêver d'une Église enfin plus ouverte, même s'ils ne boudent pas leur plaisir de la voir évoluer ainsi... mais plutôt vivre, au plus près de leur inspiration humaine, certaines des valeurs évangéliques dont ils retrouvent ainsi la saveur, délivrée de la gangue d'amertume qui l'altérait."

A propos de ce synode...



Puisque je lis la Presse qui s’exprime sur le synode…

La difficulté qu’ont les évêques pour évoluer, j’essaie de la comprendre !
Ils ont été choisis pour conduire les Brebis du Troupeau dans une direction décidée par ceux qui les ont, en ce temps-là, choisis. C’est par fidélité, et aussi sans doute  par conviction qu’ils vont eux-mêmes sur ce chemin. A moins que, un jour, une rencontre… Une rencontre qui les aura marqués parce qu’elle sera tombée à un moment favorable (le Kaïros !) Cela les aura amenés à regarder autrement la vie.
Ainsi dit-on d’Oscar Roméro, et aussi de Jacques Gaillot…du pape, peut-être.
Alors ils bouleversent l’Institution !
N’est-ce pas une grâce de ce genre qui a fait du jeune Jésus, fidèle aux Lois, cet homme étonnant qui a radicalement transformé le rapport de l’homme à Dieu ? Rompant les amarres de la Loi pour se lier au Divin devenu « Notre Père » par la foi, comme l‘Eglise nous le rappelle en nous faisant méditer ces temps-ci, par sa liturgie, l’épître au Romains.

Gilles Lacroix-Mont- Octobre 2015

lundi 7 septembre 2015

FAIRE ÉGLISE AUTREMENT : Une messe n’est pas un repas

mercredi 2 septembre 2015

Pour une théologie crédible aujourd’hui :


Un essai décapant de Joseph Moingt, sj, sur la révélation et sur le croire: 

« Croire au Dieu qui vient : de la croyance à la foi critique » (éd. Gallimard, 2014, 600 pages)


Présentation d’ensemble
Dans la centième année de son âge, Joseph Moingt est bien loin d’avoir bouclé sa pensée. C’est la troisième fois qu’il nous propose une grande fresque théologique sur la révélation et sur le « croire » humain qui lui répond. Il s’agit toujours d’exprimer la foi de façon crédible pour les hommes d’aujourd’hui
La révélation, une histoire lue dans la foi
Il fait d’abord le constat que « nous n’avons pas trouvé de vraies preuves, vérifiables selon les procédures historiennes, d’une manifestation de Dieu dans un événement de l’histoire. … Dieu se révèle aux hommes par la foi qu’il leur inspire ».  Depuis des temps immémoriaux, les hommes furent animés par l’attente d’un salut. Face aux forces obscures et violentes de la nature, il y a toujours eu la croyance en une puissance supérieure capable de protéger l’homme. La surprise, c’est l’importance que l’auteur y attache en faisant le « lien entre l’espérance du salut aux origines de l’histoire humaine et la reconnaissance du  Christ comme sauveur de tous les hommes ». Alors quelle fut la révélation proprement dite ?
Du croire païen à la préhistoire d’Israël et à l’Ancien Testament vers la révélation en Jésus
La « révélation formelle » a-t-elle commencé avec l’histoire d’Israël ? Pas si simple !  « Les bouleversements récents de l’historiographie biblique, qui plongent  les origines du peuple hébreux dans le paganisme des empires du Moyen-Orient, ne permettent plus , en effet, au christianisme  de se ressourcer directement et uniquement à une révélation reçue au commencement des temps par les Patriarches d’Israël, mais rendent la foi chrétienne tributaire, à travers celle du Peuple juif, de la croyance universelle à un salut attendu d’un divin païen, et aussi du croire philosophique qui en est dérivé en Grèce ». Certes,  les Hébreux avaient bien fait de Yahvé un dieu national et exclusif, en ce sens qu’ils « ne toléraient pas qu’un culte officiel soit rendu à d’autres dieux», mais ils n’en contestaient cependant pas l’existence. C’est pourquoi l’auteur a dû « disjoindre la préhistoire d’Israël de l’histoire du salut constitutive de l’Ancien testament, {puis] rattacher la première au croire païen et la seconde au salut chrétien qui affirmera en être l’accomplissement ».

Jésus, une vie hors des sentiers battus[1]


Présentation du livre par son auteur: Guy de Longeaux

1) Pourquoi ce livre ? Quelle était l’intention ?
Ce livre a la particularité, parmi les nombreux livres sur Jésus, de se focaliser sur ce qui paraît non crédible dans certains propos évangéliques pris à la lettre et d’en chercher une signification crédible allant au cœur de la foi.  Je pense qu’une certaine image invraisemblable de Jésus, faiseur de prodiges et entouré de merveilleux, détourne de s’intéresser à lui et empêche de recevoir son message.
Tout le livre est marqué par cette phrase de St Jean[2] : « Dieu, personne ne l’a jamais vu, mais si nous nous aimons les uns les autres, il demeure parmi nous ».
 D’où le présupposé : Dieu est invisible ; en Jésus, seul l’homme est « visible ». C’est dans la réalité la plus humaine de Jésus que se révèle sa plus haute spiritualité.
Je me place du point de vue de ses contemporains immédiats : ils ne voyaient qu’un homme, un homme d’exception sans doute, mais pas autre qu’un homme, et pourtant ils avaient déjà là toute sa vérité.  
On peut voir ce livre comme un témoignage, mais il est aussi le reflet des questionnements de bien des gens d’aujourd’hui. Ce ne sont pas seulement mes réflexions personnelles, car je m’appuie sur des experts, exégètes, historiens, théologiens. Ce n’est pas un livre savant, mais de vulgarisation, pour un large public, croyant ou incroyant 

samedi 8 août 2015

SYNODE SUR LA FAMILLE : ATTENTES D’UN EVEQUE DIOCESAIN

Extraits
Je souhaite formuler dans la note que voici quelques attentes personnelles. Je les exprime en mon propre nom propre.  Je les exprime, en outre, comme un évêque d’Europe occidentale, dans la conscience que des évêques d’autres régions d’Europe ou d’autres continents peuvent avoir des opinions divergentes.

1. La collégialité

Il ressort d’ailleurs de l’Instrumentum Laboris combien peuvent différer les réactions venues des divers continents à propos du mariage et de la famille. Sur ce point, le document préparatoire est honnête et transparent. L’Afrique et l’Asie ont de tout autres vues et expériences que l’Europe et l’Amérique du Nord et même, entre l’Europe Occidentale et Orientale, entre l’Europe du Nord et du Sud, des différences importantes sont à remarquer. Cela n’a pas de sens de nier ou de négliger ces différences. Elles ont vraiment une signification. Malgré la globalisation, bien des développements et défis de ce monde connaissent des parcours décalés dans le temps. Dans ces diverses ‘zones temporelles’, les évêques sont responsables pour la part du peuple de Dieu qui leur est confiée. Ce n’est pas une solution pour eux de dire que telles questions ne posent pas de problème, ou justement en posent, mais à l’autre bout du monde. Une collégialité monolithique a aussi peu d’avenir dans l’Eglise qu’une primauté monolithique. J’espère que le Synode des évêques portera l’attention nécessaire à cette diversité régionale. A propos de l’apport des conférences épiscopales à une juste relation entre la primauté et la collégialité, le pape François écrit que ‘ce souhait ne s’est pas pleinement réalisé’ et que ‘n’a pas encore été suffisamment explicité un statut des conférences épiscopales qui les conçoive comme sujets d’attributions concrètes, y compris une certaine autorité doctrinale authentique. Une excessive centralisation, au lieu d’aider, complique la vie de l’Eglise et sa dynamique missionnaire’. Peut-être le Synode pourra-t-il confier aux conférences épiscopales la mission de se pencher l’année prochaine sur la problématique du mariage et de la famille dans leur région, en vue de la deuxième session du Synode, en octobre 2015.

2. La conscience

Comme en d’autres pays, les évêques de Belgique se sont retrouvés après la publication de l’encyclique Humanae Vitae devant une tâche difficile. Pendant le Concile Vatican II, ils avaient travaillé intensément à la rédaction de la constitution Gaudium et Spes, en particulier au chapitre Dignité du mariage et de la famille. A la demande du pape Jean XXIII et du pape Paul VI, ils avaient été activement concernés dans diverses commissions qui s’étaient penchées sur la question de la paternité responsable et du contrôle des naissances. Ils avaient longuement délibéré avec des théologiens moralistes, des scientifiques et des mouvements de croyants laïcs. Leur opinion personnelle était connue de l’opinion publique. Après la publication de l’encyclique, ils se trouvaient devant un choix déchirant. D’un côté, ils voulaient comme évêques rester loyaux à l'égard de la personne du pape Paul VI, avec lequel ils avaient collaboré si intensément dans la confiance durant le Concile. D’un autre côté, comme évêques diocésains, ils voulaient prendre leurs responsabilités envers la part du peuple de Dieu qui leur était confiée, dans l’esprit et selon la mission rappelée par le Concile. En effet, le Concile leur avait donné mission de prendre sur eux ‘les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps’ et de ‘scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Evangile’. Ils voulaient exercer leur tâche de pasteurs en tenant compte de cette nouvelle herméneutique ecclésiologique et pastorale. Ils arrivaient ainsi plus vite que prévu à un conflit de loyauté et donc à un cas de conscience. Comment pouvaient-ils rester unis au pape et en même temps être fidèles au Concile ?

mardi 28 juillet 2015

Ce que je crois…

Nous pensons que, depuis quelques millions d'années, l'humanité émerge peu à peu de son animalité. Les premiers hommes ont imaginé que les forces à l'œuvre dans l'univers, étaient le fait de dieux dont l'image a constamment évolué au fur et à mesure que les connaissances scientifiques se faisaient jour. Les multiples dieux antiques ont finalement fait place à un dieu unique, un dieu esprit.
Les théologiens du Judaïsme, du Christianisme et de l'Islam vont chercher la parole du Dieu vivant dans des écrits qui datent de plusieurs siècles, textes rédigés par des hommes dont les connaissances étaient infiniment moins étendues que les nôtres.
Question : Depuis la rédaction de ces livres, pendant deux millénaires, Dieu ne nous a-t-il donc jamais parlé ? Par les grands philosophes et hommes de science, les yeux des hommes se sont pourtant ouverts sur l'Univers et sur tout ce qu'il contient, y compris sur nous-mêmes.
Contrairement aux théologiens, Jésus, que nous considérons comme un des plus grands penseurs de l'humanité, savait qu'il fallait chercher la vérité ailleurs que dans les Écritures. Aux docteurs de la Loi, il disait : "Vous sondez les Écritures, mais moi je vous dis"… "Regardez faire votre Père céleste… regardez les lys des champs… regardez les oiseaux du ciel"…."Il n'y a rien de caché qui ne puisse être découvert". …"Cherchez et vous trouverez". …
Son message essentiel était de faire comprendre à ses disciples ce qu'il entendait par la royauté, le royaume, le règne du Père. Plus de vingt paraboles et de nombreuses paroles en témoignent :
"Le royaume de Dieu est proche…" ; "Le royaume est répandu sur la terre, mais les hommes ne le voient point…" ; " Entrez par la porte étroite…" ; " Nul s'il ne naît de nouveau ne peut entrer dans le royaume…"

Robert Nicole