samedi 25 mai 2013

DU PAIN ET DU VIN EN MÉMOIRE DE JÉSUS


Laissez-moi vous parler de la messe. Ou plutôt, laissez-moi vous parler de quelque chose de plus simple, d’un simple repas. Et laissez-moi vous dire que chaque fois que vous mangez et buvez, vous communiez avec l’autre, avec la Terre, avec l’Univers tout entier. Chaque bouchée que vous mâchez et chaque goutte que vous absorbez est un geste sacré : vous communiez avec le Tout ou avec l’Être ou avec la Vie. Vous communiez avec la grande Communion ou le Mystère de Dieu. Vivre, c’est vivre ensemble. Être, c’est inter-être.
José Arregi1-Bis
Il en va ainsi de chaque repas, et la messe n’est pas autre chose. La messe n’est rien de plus, car il ne peut y avoir rien de plus grand qu’un simple repas. Simplicité et plénitude se confondent. L’ordinaire et le naturel est le plus sacré. Chaque fois que vous mangez, faites-le avec une profonde gratitude et un profond respect pour ce que vous mangez, et compassion pour ceux qui ne peuvent manger.
C’est ainsi que mangeait Jésus de Nazareth. Sa religion était la religion du repas, encore que, en réalité, il ne fonda aucune religion, et il rompit même avec sa propre religion dans tout ce qui empêchait les gens de manger tous ensemble, qui imposait des jeûnes, déclarait impures certaines denrées et interdisait de partager la table avec les dénommés pécheurs, qui quasiment toujours étaient les pauvres. Quelqu’un a écrit non sans raison que Jésus fut mis à mort pour sa manière de manger ; tant il est vrai que, au moment de manger, il supprimait les frontières entre les saints et les pécheurs, entre le pur et l’impur, entre le sacré et le profane. Chose intolérable. Les responsables religieux et les bien-pensants le traitèrent de « glouton et ivrogne, ami des pécheurs ».
Jésus rêvait d’un autre monde nécessaire et possible, et il l’annonçait, il l’appelait « royaume de Dieu ». Et, pour expliquer ce que pouvait être ce monde nouveau dans le monde présent, il ne trouva rien de mieux que d’organiser un joyeux repas champêtre : chacun apporta et partagea le peu qu’il avait, et tous furent rassasiés et il y en eut même beaucoup de trop.
Lui pensait que le « royaume de Dieu » ou le monde nouveau dans ce monde – une grande table avec du pain en abondance et sans aucun exclu – était quelque chose d’imminent. Mais les autorités religieuses et politiques ne l’entendaient pas ainsi, et le projet de Jésus échoua. Pour autant Jésus ne cessa d’espérer contre tout espoir. Et, pressentant le pire, il persista à rêver au meilleur et il organisa  avec ses compagnes et compagnons les plus proches un dîner d’ adieux et d’espoir, et au moment de  partager le pain et de leur passer le vin il leur dit : « Souvenez-vous de moi dans le pain et le vin. Et chaque fois que vous mangerez et boirez ensemble, ravivez l’espérance du monde nouveau, et bâtissez le monde que vous espérez. Chaque fois que vous le ferez, moi, je ressusciterai ; vous, vous vous transfigurerez et le monde se transformera en Communion ».
Ainsi firent ses disciples après que le maître fût crucifié comme un malfaiteur. Le premier jour de la semaine, que plus tard on nomma dimanche ou « jour du Seigneur », ils se réunissaient dans les maisons, ils priaient ensemble, ils se rappelaient le message de Jésus, ils mangeaient du pain, buvaient du vin, la Vie ressuscitait. Et ils appelaient cela « cène du Seigneur » ou « fraction du pain ». Tout était très simple, et il n’y avait pas besoin de prêtre ni de consécration.
Les siècles passant, tout alla en se compliquant. La maison se convertit en temple, le repas en « sacrifice », la table en autel, la grâce en obligation. Et on institua des prêtres pour présider et procéder à la consécration du pain et du vin, comme si ceux-ci ne fussent pas sacrés par eux-mêmes. Et on appela cela « messe », ce qui ne fut pas si mal, puisque « messe » veut dire mission. « Ite missa est » disait-on à la fin : « Allez en paix. L’heure est à la mission ».
Il est temps que nous revenions au plus simple qui est aussi le plus plein, au-delà des canons, rubriques et présidences sacerdotales qui n’ont rien à voir avec Jésus. Il suffit que nous nous réunissions à deux ou plus dans une quelconque maison ou une quelconque chapelle libre pour nous souvenir de Jésus, partager la parole, prendre du pain et du vin, ressusciter l’espoir, tandis que les oiseaux chantent. Si vous vous sentez triste, Jésus vous console. Si vous êtes joyeux, Jésus est votre joyeux convive. Et peu importe que le pain soit de blé, de maïs ou de seigle, ou que le vin soit de raisin, d’orge ou de riz. Ce qui importe c’est qu’il soit le fruit de la terre et du travail, sacrement de la vie et du monde nouveau. C’est cela la vraie messe, la véritable mission.
José Arregi
publié sur site NSAE: "Nous sommes aussi l'Eglise"
Commentaire:

Ce texte est sympathique et il exprime bien le rejet de ce que aujourd'hui on nous sert comme "messe".
Mais l'Eucharistie n'est pas la référence à n'importe quel repas : elle fait mémoire du repas d'adieu de Jésus avant sa mort. Ce lien essentiel à la mort de Jésus manque à ce texte. C'est ce qui manque à ce texte pour pouvoir être considéré comme vraiment chrétien. Un chrétien ne peut pas dire : "La messe n'est rien de plus". 
Voilà mon point de vue. 
Jean Housset - 28-05-2013

dimanche 12 mai 2013

Réunions de chrétiens en son nom dans un milieu de vie


« Je pense qu’une évolution pourrait se faire sans heurt et sans idée préconçue. Je pense que des laïcs chrétiens pourraient se réunir en dehors des offices paroissiaux pour étudier et méditer l’Évangile, — réfléchir aux besoins apostoliques de leur environnement, — inviter d’autres gens non chrétiens ou non religieux à réfléchir avec eux — et cela sans heurt avec l’autorité ecclésiastique locale, car cela relève de leur esprit de liberté et (d’apostolat).
« Je pense aussi qu’ils pourraient célébrer ensemble la mort du Seigneur dans l’attente de son retour sans reprendre telles quelles les liturgies officielles, sans s’absenter non plus définitivement des offices paroissiaux. Cela suscitera sans doute des difficultés, car on les accusera de s’attribuer des pouvoirs sacerdotaux. Mais je ne crois pas que l’autorité ecclésiastique pourrait longtemps y faire obstacle, alors que Jésus a promis de se rendre présent partout où quelques croyants se réuniraient en son nom et que Saint Paul demande seulement aux chrétiens qui célèbrent le repas du Seigneur de discerner le corps du Christ, c’est-à-dire d’avoir le souci de l’unité que forment les chrétiens, de l’unité du corps du Christ dont ils sont membres. Je pense que ce conflit, qui surgira fatalement, devrait s’apaiser avec la bonne volonté mise de part et d’autre et avec les apaisements que les théologiens pourront directement lui apporter.
… … …
« Il importe de se rappeler que le lieu de l’annonce évangélique n’est pas celui où se rassemblent les fidèles pour rendre grâce et gloire à Dieu, c’est le monde où Dieu n’est plus connu et où le Christ souffre des souffrances du monde ; il souffre, non d’être ignoré du monde, mais des souffrances que les hommes s’infligent les uns aux autres par manque de charité. C’est pourquoi les laïcs qui aspirent à répandre dans le monde incroyant la charité du Christ ne cherchent pas à prendre la place et le pouvoir des prêtres à l’intérieur de l’Église. S’ils veulent rester en lien étroit avec elle, c’est parce qu’elle est le canal par où l’Esprit du Christ, qui est identiquement son amour vivant, vient à eux et se répand par eux dans le monde.
                                               Joseph Moingt. Quel avenir pour le christianisme… ?
                                                           Conférence de Chartres, 14 février 2013


jeudi 2 mai 2013

…des ministères



Quand on nous dit que l’Eglise a des ministères, que c’est à partir d’eux que s’organise sa vie, bien. Mais aussitôt il faut se rappeler que ces ministères sont des dons du Saint-Esprit, pas du tout quelque chose de permanent, d’organisé. Ce qui nous conduit à inverser le mouvement biblique : nous établissons des postes de pasteur, ou bien des bénéfices de curé, d’évêque, etc., et ensuite nous garnissons ces postes avec des  personnes que nous jugeons adéquates. Mais c’est l’inverse du mouvement montré dans les  Epitres : Le Saint-Esprit donne à son Eglise des hommes qui ont des dons, de charité ou de parole ou d’enseignement, et l’Eglise doit alors leur faire une place, même si elle n’était pas prévue. Si, pendant un temps, le Saint-Esprit ne donne pas celui qui a l’esprit de prophétie, mais fournit celui qui a le don de faire des miracles, eh bien, cette Eglise doit changer de forme et d’habitudes !
Jacques Ellul « La subversion du christianisme », page 184 - Seuil, 1984

samedi 13 avril 2013

Eglise et Tradition


Le pape François a exprimé vendredi son attachement au plein respect de la tradition de l'Eglise, seule habilitée selon lui à interpréter correctement les écritures, rejetant "l'interprétation subjective" de celles-ci, dans son premier discours devant la commission biblique du Vatican.Dans cette intervention devant des "experts" --et non cette fois devant de simples fidèles, comme la plupart des discours du mois écoulé--, le pape jésuite s'est référé longuement pour la première fois à un texte du Concile Vatican II (1962/65), la constitution "Dei Verbum" ("le Verbe de Dieu") sur le rôle de l'Eglise. "Une unité indissoluble entre Sainte Ecriture et Tradition" "Le Concile, a-t-il martelé de sa voix douce, l'a rappelé avec une grande clarté: tout ce qui concerne le mode d'interprétation des écritures est soumis en dernière instance au jugement de l'Eglise, laquelle accomplit son mandat divin et le ministère de conserver et interpréter la parole de Dieu".  Pour le pape argentin, "il existe une unité indissoluble entre Sainte Ecriture et Tradition", qui sont "conjointes et communiquent entre elles", "formant d'une certaine manière une seule chose".  "La Sacrée tradition transmet intégralement la parole de Dieu (....) De cette manière, a-t-il expliqué, l'Eglise puise sa certitude sur toutes les choses révélées pas seulement dans l'Ecriture Sainte. L'une comme l'autre doivent être acceptées et vénérées avec des sentiments semblables de piété et de respect", a-t-il dit, dans un discours qui révèle un pape très respectueux de l'autorité de l'Eglise.
Par: rédaction 7 sur 7 - 12/04/13 -  Source: Belga

mardi 2 avril 2013

Lettre à un nouveau pape


Cher François,
Ce ne peut être par les clichés sur tes habitudes que nous pouvons bien te connaître, et bien que tes comportements envers les pauvres nous soient répétés à longueur de pages de presse, nous ne pouvons encore moins savoir ce qu'il y a dans ton esprit et derrière tes idées.
Les premières images de toi au balcon du Vatican, montrant comme une forme abattement, se sont vite dissipées pour voir ensuite un homme charismatique et attentif.
Cher François, tu manifestes une grande et belle humilité comme tu nous montres une exemplaire simplicité. Nous ne pouvons que nous en réjouir.
Cependant  ton évidente humilité ne risque-t-elle pas d’être un obstacle, voire une certaine gêne, à une fermeté indispensable, pour mettre enfin de l'ordre dans cette curie romaine qui, en définitive, met à mal la raison d'être de l'Eglise, l' annonce de l'Evangile.
Que tes pensées, cher François soient envers les pauvres, cela est fort louable, mais il serait bon que tu rappelles à l'ensemble de tes clercs qu'ils sont au service des fidèles, et non le contraire trop souvent, et qu'ils soient aussi avec les laïcs engagés, les soutiens de ceux que l' institution, essentiellement penchée sur la liturgie, a éloigné du message évangélique.
François, tu nous demandes de prier pour toi, tu nous sollicites de t'envoyer la force de l'Esprit, merci pour cette grande confiance.
Saches François, combien de catholiques qui ont vécu Vatican II comme une immense bouffée d'air frais, sont encore dans une profonde frustration et de ce fait seront attentifs à tes initiatives et décisions.
Nous sommes très nombreux avec toi, allez bonne route. 

Antoine Boudisseau

lundi 1 avril 2013

A Propos...de NOTRE futur évêque


Quelques vieux textes de la Tradition ecclésiale !

« La lettre de Clément de Rome rappelait que ceux qui ont reçu  la charge des Apôtres ou, plus tard d’autres personnages éminents l’ont reçue  avec  l’assentiment de toute l’Eglise (…). Vers 200, la Tradition apostolique d’Hyppolyte (de Rome) prescrivait qu’on ordonne comme évêque celui qui avait été choisi par tout le peuple » et le pape Léon le Grand (vers 450 ) affirmait ; « Nul ne sera ordonné contre le gré d’un peuple, sans qu’il ait été demandé » 


Dans les Constitutions Apostoliques (vers 380), on attribue à Pierre : « Je prescris qu’on ordonne évêque (…) quelqu’un d’irréprochable en tout, choisi au mérite par tout le peuple. »

(Tiré de « L’Eglise locale -ecclésiologie de communion et catholicité » Jean-Marie Tillard, (dominicain) édit. Du Cerf. 1995.)

Et c’était pour le Peuple le droit de choisir son évêque !
Gilles

Notre espérance ….


Dans nos milieux de chrétiens engagés, il est de bon ton d’être « critique » : il ne faudrait surtout pas être surpris en train de « baisser la garde »! Ni se laisser aller à des espoirs qui risqueraient d’être déçus. Notre souci d’« analyse » prend le pas sur la confiance et le besoin quasi maladif d’identifier les problèmes existants nous empêche trop souvent de nous réjouir sans arrière pensée de ce qu’il peut y avoir de positif dans une situation donnée.

Quel que soit l’inconnu qu’allait nous révéler le « Habemus papam », l’espérance évangélique qui n’est qu’un autre nom de l’Amour nous invitait déjà à l’ouverture et à la confiance : Dieu (bien sûr à travers toutes les médiations bien humaines –et donc faites du meilleur et du pire– des cardinaux et du conclave) allait continuer d’être présent au monde et à son Église à travers le 266e successeur de Pierre.
Ce nouveau pape a bien sûr nourri, par de nombreux gestes qu’il a posés dès la première semaine qui a suivi sont élection, cette espérance spirituelle. Mais il a tout autant, et pas seulement chez les chrétiens, réjoui des cœurs et suscité des espoirs pour un autre visage d’Église (et donc de Dieu) offert au monde : un visage de bonté, d’accueil et de tendresse (trois autres noms de l’Amour). Plein de gens, dans l’Église et hors de l’Église, ont été touchés par cet homme, son sourire, ses paroles, ses actes du quotidien : faudrait-il bouder notre plaisir sous prétexte que ces réactions bien humaines et légitimes relèvent des émotions? Faudrait-il lever le nez sur la proximité qu’a vécue le cardinal Bergoglio avec les pauvres et les petites gens et sur l’intérêt qu’il leur a porté sous prétexte que cela ne s’attaque pas automatiquement aux causes et aux structures de la pauvreté? Le sourire et la simplicité du pape François sont-ils moins importants ou significatifs parce que ses relations avec les autorités argentines durant la guerre sale n’ont pas été aussi prophétiques qu’on pouvait le souhaiter?
Aucun humain, fût-il pape, ne peut être à lui seul à la hauteur de tous les espoirs humains (d’autant plus que nos espoirs ne sont pas nécessairement ceux de tous les autres)! Aucun pape, aussi saint soit-il, ne peut non plus combler totalement l’espérance qui est la nôtre, puisque celle-ci aspire à rien de moins que Dieu lui-même et son Royaume.
Le pape François semble vouloir démystifier bien des attitudes et des traditions qu’on croyait immuablement associées à la papauté : tant mieux! Il semble vouloir d’une Église pour les pauvres : si cela se concrétise, ce serait un énorme changement de cap! Il veut une Église d’ouverture, de bonté et de tendresse : quel progrès!
Sera-t-il capable de livrer la marchandise? Nul ne le sait. Son pontificat sera-t-il assez long pour qu’il puisse apporter les changements souhaités? Impossible à savoir. Sera-t-il récupéré ou boycotté par la Curie? Seul le temps nous le dira. Répondra-t-il à tous nos souhaits et désirs légitimes? À cela, au moins, on peut déjà répondre « non » sans aucun risque de se tromper!
Mais cela n’enlève absolument rien à la joie d’avoir un pape François qui ouvre des portes, secoue les traditions et donne enfin un certain visage humain, et donc limité, à une fonction à la fois spirituelle et humaine : la papauté en ce début du XXIe siècle.

Extrait d’un texte de Dominique Boisvert - RFAN - 1 avril 2013